invitée : Fabienne JUHEL

Publié le 11 Octobre 2012

invitée : Fabienne JUHEL

Fabienne Juhel

Née en 1965 à Saint-Brieuc, Fabienne Juhel est professeur de lettres dans les Côtes d’Armor. Son premier roman, La verticale de la lune, a été publié en 2005 par Zulma, les suivants au Rouergue, dans la brune : Les bois dormants (2007), À l’angle du renard (2009) pour lequel elle a obtenu le Prix Ouest France / Étonnants Voyageurs et Les hommes sirènes (2011), Les oubliés de la lande (2012).

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" J'ai eu la chance de grandir à la campagne, au milieu d'un bois, sur un tertre, entourée de mégalithes et de plumes de faisans. Mes premières sorties furent nocturnes et pleines de cris d'animaux de la nuit. J'ai d'ailleurs gardé cette habitude d'explorer le monde de la nuit dans le grand jardin que j'habite aujourd'hui, car, oui, il me semble que j'habite davantage un jardin qu'une maison.

Ma venue à l'écriture n'est pas le fait d'un hasard ni même le fruit d'un choix réfléchi. Enfant, je racontais déjà des histoires à ma petite sœur, et mon père, qui ne nous a jamais lu de contes pour enfants, inventait sans cesse des histoires où il était question d'animaux et de paysage... Les hommes n'avaient pas droit de cité.

J'aurais pu être vétérinaire si je n'avais pas été si mauvaise en mathématique, ni cancre dans mes longues années collège, mais j'ai préféré me tourner vers des études de lettres parce que mes premières véritables émotions ont été littéraires et artistiques. Une équation à une ou plusieurs inconnues ne m'a jamais donné autant de frissons et de plaisir qu'un vers de Baudelaire – « Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre » – ou de Tristan Corbière – « Ici reviendra la fleurette blême ».

Après un doctorat de lettres, je me suis trouvée embringuée – j'aime bien ce mot –, dans l'enseignement. Moi qui n'ai jamais aimé l'école et ne l'aime toujours pas, cela peut paraître paradoxal, mais j'ai coutume de dire à mes élèves que je n'enseigne pas une matière mais un art de vivre, une manière d'être au monde, de naître au monde, comme je leur répète que le livre rend libre, que la seule lettre qui démarque ces deux mots si semblables est le « v », le v d'une victoire acquise de longues luttes sur les choses et le monde avant de le déserter, contenté... Je pourrais dire aussi que j'essaye de transmettre mon goût pour les mots à mon jeune public, les lecteurs de demain, mes lecteurs... Alors, oui, on dira que je travaille pour ma chapelle !

Un jour, j'ai envoyé un manuscrit à une maison d'édition, et cela a été mon premier roman publié, La Verticale de la lune. Depuis j'en ai publié quatre autres, Les Hommes Sirènes, 2011 et Les Oubliés de la lande, 2012, sont les derniers.

Des constantes se dégagent, mon goût pour la nature, nature qui tient le rôle d'un véritable personnage dans mon univers romanesque, mon goût pour les animaux, les hommes en rupture de banc, les Indiens, l'enfance sauvage et effarouchée, la lumière, la part solaire et celle d'ombre en chacun de nous, mais aussi pour l'onirisme, les mondes en lisière, les territoires vierges, et, je dois bien l'avouer, ma hantise de la mort. L'idée de devoir un jour quitter ce monde tout murmure et sensuel m'est proprement insupportable. Alors, je crois, oui, que chaque roman est pour moi, une façon de l'appréhender sans crainte, et je suis encore loin du compte. D'autres histoires en gésine... Et, quand je n’écris pas, je m’occupe de mon jardin et de mes chats."

Fabienne Juhel

invitée : Fabienne JUHEL