LIVRES coup de cœur 2014

LIVRES coup de cœur 2014

Jean ROUAUD

Un peu la guerre

éditions Grasset

Voici le troisième tome d'une série d'ouvrages consacrés à sa biographie littéraire.

Avec Comment gagner sa vie honnêtement, puis Une façon de chanter et maintenant Un peu la guerre il nous raconte son chemin d'écriture, avec également une réflexion sur l'époque. L'écriture rend compte, elle apporte un témoignage.

L'auteur raconte qu'alors qu'il était étudiant en lettres à Nantes, au début des années soixante-dix, on lui apprend « la mort du roman », pour lui qui se rêvait romancier le choc fut brutal.

Il revient sur cette période et s'interroge sur les oukases et les théories littéraires du début des années soixante-dix, qui avaient décrété que l'on ne pouvait plus raconter d'histoire, qu'il ne fallait plus écrire de roman. Surtout, qu'il ne fallait plus écrire avec style, une histoire avec des héros, des caractères, des sentiments, des lieux, une intrigue, etc. Ceci était considéré comme totalement dépassé. La modernité littéraire des années soixante-dix refusait le roman traditionnel.

L'auteur a toujours voulu être romancier, il luttera donc contre cet interdit, il raconte la naissance de son premier roman Les champs d'honneur. Il fut publié en 1990 et obtiendra le prix Goncourt quelques semaines après sa publication. Il connut un énorme succès et fut traduit en vingt-cinq langues.

Dans Un peu la guerre, il évoque son processus de création et révèle quelques clefs de son travail d'écrivain : le côté artisanal de son écriture.

Dans ce livre Jean Rouaud fait un parallèle entre la mort du roman traditionnel et le décès de son père. C'est un récit touchant écrit avec justesse. Au-delà des maux ses phrases deviennent poétiques pour révéler une vie de réflexion, une vie littéraire, une vie poétique.

Jean Rouaud a toujours œuvré pour défendre la littérature, la bonne littérature s'entend. Et il a amplement raison !!!

© Veronik BLOT
LIVRES coup de cœur 2014

Philippe Le Guillou

Les années insulaires

Editions Gallimard

Un livre de Philippe Le Guillou est toujours un pur bonheur de lecture, ce nouveau roman ne déroge pas à la règle.

Nous sommes en 1969, devenu président de la République, Georges Pompidou impose la modernité. Le progrès envahit le pays, c'est l'expansion de la bagnole, de la vitesse et du béton. Le président veut transformer le pays, il décide de le faire entrer dans l'ère du progrès, de l'américaniser. Il veut changer la ville et la vie des français, il considère que le progrès va leur apporter toutes les satisfactions possibles et il fait fi de tous ceux qui émettent des doutes sur cet acharnement moderniste. Georges Pompidou veut faire table rase du passé et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui sont traités de rétrogrades, il ne les écoute pas et continue son œuvre de démolition puis de bâtisseur moderne. Il commence donc par Paris, où la destruction des Halles de Baltard et d'autres quartiers sème le trouble dans la capitale. L'ancien ventre de Paris devient un vaste chantier autour de l'église Saint-Eustache qui s'accroche tant bien que mal à ses racines minérales.

Des hommes s'insurgent contre cette démolition programmée, ils fondent « Les insulaires », le peintre Kerros est proche de cette association de défense du vieux Paris. L'artiste connaît le président Pompidou, il l'a peint à plusieurs reprises. Entre eux une affinité artistique s'est créée. Les séances de poses ont amené des confidences sur les charges du pouvoir, l'usure que crée la fonction. Au fil des toiles le peintre voit le président changé, miné par la maladie qui le ronge. Ils se rencontrent à Paris et en Bretagne. Ils parlent d'art, d'artistes et ils évoquent les couleurs de la Bretagne... Poser, détend le président, lui permet d'oublier pour un temps la lourdeur du pouvoir. Kerros n'apprécie pas que Paris soit défiguré et le président le sait, mais il n'en a cure. Le peintre s'inquiète pour la superbe église Saint-Eustache. Il craint que les travaux de démolition n'affaiblissent ses fondations. Le quartier dévasté n'est plus que poussière et gravas. Cette vision de la ville éventrée, sacrifiée et défigurée écœure Kerros qui, hanté par cette vision de chaos, peint des tableaux poignants dans lesquels l'édifice religieux est englouti dans les entrailles de Paris. Heureusement, Saint-Eustache a supporté la violence des travaux. On y entend encore aujourd'hui résonner l'orgue joué par Jean Guillou dans sa « verticalité sylvestre ».

Dans ce nouveau roman se retrouve le parallèle entre l'artiste et l'homme politique, on ne peut que songer au magnifique « Bateau Brume ». « Les années insulaires » sont également un prolongement de « Après l'équinoxe » et de « La consolation » qui évoquaient déjà la démolition des pavillons de Baltard.

Philippe Le Guillou nous fait découvrir un président épris de nouveauté, tellement obsédé par le modernisme qu'il en devient agaçant. Et il nous décrit également un Georges Pompidou cultivé, touchant et digne. Le peintre et le président ont deux visions différentes de l'art. Georges Pompidou admire l'art cinétique d'Agam, il aime l'acier, le plastique et le verre et renie le passé. Kerros est beaucoup plus classique, plus figuratif, proche de la nature et contemplatif, mais tous deux sont passionnés d'art, de culture et de beauté. Le lecteur y croisera aussi, un personnage particulièrement cocasse, en la personne du Baron G...

Ce n'est pas par hasard si les personnages de peintre hantent les romans de Philippe Le Guillou, il a un réel goût pour la peinture. C'est avec une grande précision qu'il décrit les paysages ou les tableaux de ses romans, avec des mots justes et poétiques. C'est en virtuose qu'il donne à voir et à ressentir. Il possède une grande facilité à traduire l'univers artistique. Il sait faire partager les sensations, les émotions et les élans du créateur face à l'œuvre à accomplir. Avec ce roman très documenté l'auteur dessine par petites touches un portrait de George Pompidou, il nous fait partager l'existence de ce président, ses goûts et ses ambitions. Il nous montre comment les désirs de Pompidou ont révolutionné l'art et l'architecture, faisant basculer le pays dans l'ultra contemporain. Ce roman entre réalité et fiction, est un beau témoignage des années Pompidou, qui reste une période assez méconnue.

On ressort toujours de la lecture d'un livre de Philippe Le Guillou plus riche intellectuellement. Un roman à lire toutes affaires cessantes pour le plaisir de retrouver l'exceptionnel talent de conteur de Philippe Le Guillou et son style élégant, non dénué d'humour. Un roman remarquable, un pur régal !!!

© Veronik BLOT
LIVRES coup de cœur 2014

Stéphane Hoffmann

Le méchant prince et autres histoires sans morales

Éditions Albin Michel

Un livre hilarant mené de main de maître, trois contes dont l'humour et la philosophie dérangeront peut-être certains... Car l'auteur appelle un chat un chat ! Nous ne sommes pas dans le politiquement correct et c'est tant mieux !

Stéphane Hoffmann s'amuse énormément à se moquer des travers de nos contemporains. Avec espièglerie il croque des portraits au vitriol absolument irrésistibles, joue avec les mots, lance des piques, et livre une satire jubilatoire contre la bêtise humaine.

Le premier conte pourrait être une sorte de conte de fée... mais le prince Rourik qui devait accéder au trône en a plus qu'assez du protocole, de sa vie de paraître et des sondages qui font l'opinion. Il fuit. Il préfère la vie d'aubergiste à la grande surprise de Lili... Une vision décapante de la fonction des têtes couronnées et des médias avides de sensations.

Puis, cette vision de notre société revue et corrigée avec la sagacité de Stéphane Hoffmann entraîne le lecteur en Italie pour suivre la vie d'un play-boy footballeur devenu prêtre (eh oui !). Il portera la parole de Dieu au-delà de sa paroisse. Évêques et cardinaux vont suivre l'ascension du padre Pio jusqu'aux plus hautes fonctions. Ceci sous le regard vigilant du Chat-Lune....

Et pour terminer en beauté : « Vous avez demandez le bonheur, ne quittez pas ! » Dans le pays, plus personne ne veut travailler. Plus aucune jeune femme ne veut devenir Miss France. Plus personne ne se rend dans les stades, plus personne ne souhaite devenir écrivain et plus grave encore plus personne ne veut être président de la République. Que se passe-t-il ? Toutes les ambitions se perdent... Il faut dire que les gens sont très occupés... Surtout entre midi et treize heures !

Stéphane Hoffmann signe avec un humour jubilatoire une galerie de portraits pour rire et pour réfléchir. A lire toutes affaires cessantes, c'est un pur régal !!!

© Veronik BLOT

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